Le projet de loi de finances pour l’année 2023 qui vient d’être dévoilé fait une large part au social et à la préservation du pouvoir d’achat des ménages. Ce premier budget de l’ère pétro-gazière table sur une croissance de 10,1 %, mais les défis à relever restent nombreux dans un contexte mondial marqué par l’inflation et une conjonction de crises.

L’année 2023 devrait inscrire le Sénégal dans une nouvelle ère de pays producteur de pétrole et de gaz. Toutefois, l’économie nationale fait face à des défis majeurs liés à la conjoncture internationale défavorable et, sur le plan interne, à la flambée des prix des produits alimentaires. C’est dans ce contexte que le Gouvernement a dévoilé le projet de loi de finances pour l’année 2023. Le document, que « Le Soleil » a pu consulter, table sur une croissance du Pib de 10,1 % en 2023 contre une prévision de 4,8 % en 2022. Cette croissance serait « entièrement tirée par le secondaire (+22,4 %) et, dans une moindre mesure, par les secteurs primaire (+4,9 %) et tertiaire (+6,7 %) ». Dans l’exposé des motifs, il est indiqué que les plafonds des autorisations d’engagement et des crédits de paiements du budget général sont respectivement fixés à 7 070 814 706 030 FCfa et 4 964 954 000 000 FCfa. Cependant, les défis à relever restent nombreux dans un contexte mondial marqué par une conjonction de crises (sanitaire, climatique, économique et énergétique). Mais, c’est surtout le retour de l’inflation (projetée à 8,7 % en fin 2022), qui préoccupe. « Ces crises sont autant de défis pour l’État dont le rôle de protection des citoyens est sollicité à un niveau inédit », indique le document. La priorité est donc clairement accordée aux « urgences sociales » et au « combat contre la vie chère » afin de « restaurer le pouvoir d’achat des ménages ».

51,6 milliards de FCfa de recettes provenant de l’exploitation des hydrocarbures

Les réponses budgétaires à ces défis sont notamment exposées à travers les projections de recettes fiscales. Celles-ci sont projetées à 3486,7 milliards de FCfa dans le projet de loi de finances de l’année 2023, contre 3052,1 milliards dans la Loi de finances rectificative (Lfr) de 2022, soit une hausse de 434,6 milliards en valeur absolue et 14,2 % en valeur relative. « Ces bonnes perspectives sont expliquées par l’accélération de la mise en œuvre de la Stratégie des recettes à moyen terme (Srmt) qui fédère et coordonne l’action des services de l’État pour une mobilisation efficiente des ressources publiques », indique le document. Ainsi, la mise en œuvre des chantiers de réforme des administrations fiscale et douanière, notamment par l’atteinte de la maturité digitale à partir de 2023, sera poursuivie. En revanche, les recettes non fiscales vont connaître une baisse de 26,2 milliards de FCfa en 2023, comparativement à la Lfr 2022, du fait de la non-reconduction d’une recette exceptionnelle (vente de terrains Cdc). Elles vont passer de 180 à 153,8 milliards de FCfa, avec notamment la collecte d’un montant de 14 milliards de recettes non fiscales tirées de l’exploitation des ressources d’hydrocarbures au budget général. Globalement, le budget 2023 enregistre des recettes fiscales et non fiscales provenant de l’exploitation des hydrocarbures d’un montant de 51,6 milliards de FCfa répartis conformément à la loi portant sur les hydrocarbures, dont 33,7 milliards pour le budget général et 17,9 milliards pour les comptes spéciaux du Trésor suivants : 5,2 milliards pour le Fonds intergénérationnel et 12,7 milliards pour le Fonds de stabilisation.

En ce qui concerne la dette, les intérêts vont passer de 350 milliards de FCfa dans la Lfr 2022 à 424,32 milliards de FCfa dans le présent projet de loi de finances 2023, soit une hausse de 74,3 milliards en valeur absolue et 21,24 % en valeur relative. Partant d’une comparaison de l’encours de la dette entre 1999 et aujourd’hui, le document soutient que « la stratégie d’endettement est beaucoup plus modérée et beaucoup plus prudente que par le passé ».

Poursuite de la politique de subventions

Face aux tensions inflationnistes, le Gouvernement a fait le choix d’agir en même temps sur des mesures permettant la maîtrise des prix, voire leur baisse, et sur l’amélioration des revenus afin de préserver au mieux le pouvoir d’achat des citoyens. Ainsi, après avoir subventionné, en 2022, le secteur de l’énergie (électricité, gaz butane et carburant, particulièrement le gasoil : carburant le plus utilisé par les consommateurs les plus modestes), à hauteur de 300 milliards de FCfa (à fin septembre) et 157 milliards de FCfa pour les produits de grande consommation, l’État prévoit, dans le prochain budget, de renforcer cette tendance avec un montant de 450 milliards de FCfa, dont 350 milliards pour le secteur de l’énergie. Toutefois, « des mesures sont prévues à travers une feuille de route en vue d’une maitrise des subventions pour éviter des dérapages susceptibles de porter atteinte aux équilibres budgétaires ».

Concernant les denrées alimentaires, la bataille contre la vie chère et pour le bien-être des populations sera gagnée à travers notamment : le renforcement des mesures de soutien à la filière rizicole par l’octroi d’une subvention de 32 FCfa par kilogramme, dont 30 FCfa au profit des producteurs et 2 FCfa au profit des transformateurs ; la consolidation des bases pour notre souveraineté alimentaire, en tirant le meilleur parti du potentiel de ressources du pays, pour rehausser significativement la production de céréales via l’accompagnement de l’État, mais également une plus forte implication du secteur privé pour soutenir le développement de toutes les filières de productions agropastorales, des cultures à haute valeur ajoutée, notamment les productions horticoles, ainsi que l’implantation d’unités de conservation et de transformation ; une meilleure valorisation de nos produits et une promotion du « consommer local » ; le renforcement des moyens de surveillance des marchés (moyens logistiques et humains, approvisionnement du marché…) ; la réorganisation et l’assainissement des circuits de distribution et le suivi du respect des règles liées à la concurrence ; la simplification des procédures d’importation, le décongestionnement du Port autonome de Dakar et la maitrise des droits et frais de passage portuaires qui ont un impact aggravant sur les prix intérieurs. Le second levier consiste à poursuivre le renforcement des revenus des consommateurs (cash transfer et revalorisation des salaires).

Baisse des dépenses d’investissement

La conséquence de cette priorité accordée au social, c’est la baisse des dépenses d’investissement de l’ordre de 165,6 milliards de FCfa par rapport à la Lfr 2022, passant de 1753,8 à 1588,2 milliards de FCfa. Ainsi, après plusieurs années marquées par une hausse des dépenses d’investissement qui ont permis de relever le gap infrastructurel, « il est donc logique que l’investissement public, moteur de l’économie nationale, commence à passer le relais à l’investissement privé », justifie le document. Cette baisse des dépenses d’investissement va ainsi se traduire par un meilleur ciblage.

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