Les moments critiques obeissent généralement à des temporalités incertaines et chaotiques, mais s’inventent tout au moins comme une ruse de l’histoire. Leur présence dans les chemins sinueux de l’existence du vivant signifie que nos destins collectifs sont de fait suspendus aux risques et espoirs de la diffusion des modèles de connaissance et de la recherche scientifique ou industrielle dans les universités et autres institutions économiques et sociales. Toutefois, face à la recrudescence des cas de virulence climatique, ou encore celle des pandémies, il est d’un grand intérêt de réfléchir à capter l’attention des humains sur leurs propres motivations souvent dangereuses et vaines. C’est à quoi s’attélent glorieusement les écologistes, défenseurs de l’environnement et autres climato-optimistes, partisans de la refonte ou de grands bouleversements de la société dans son ensemble. Or, certaines crises sont plutôt de nature à pousser les humains à remplir une mission autrement plus importante que le simple fait d’observer une réalité et s’y adapter. Pour le comprendre, la convocation de l’histoire de la grande guerre 1914-18 et celle de 45 est plus que jamais pertinente. La première guerre mondiale correspond à juste titre à l’un des moments critques les plus connus de l’histoire de l’humanité -, sans oublier de fait les autres moments critiques de l’humanité engendrés par la peste au 14 même siècle. Son impact positif sur le fonctionnement des institutions – à travers les politiques de collobaration qu’elle a engendrées – montre à quel point les alliances sont décisives – en temps de crise surtout. Ainsi, la première guerre mondiale a permis aux grandes universités britanniques d’accorder, plus particulièrement, une attention à la recherche et à la collaboration de travail efficace. A l’époque, l’effet de la guerre traduisait clairement une volonté manifeste des autorités et des chefs de grandes institutions à encourager des partenariats féconds pour faire advenir de meilleures initiatives de recherche axées sur la révolution, en particulier l’innovation sociale et économique, la flexibilité structurelle et sur la rigueur scientifique – , même si avant la guerre cette approche n’était pas possible au début. Aucune université en Angleterre ne se prêtait en réalité au jeu social, mais préférait plutôt se limiter aux travaux fournis par les étudiants des différents cycles, en plus de pouvoir bénificier largement des frais d’inscription et de la philantropie. En réponse à la faible conception de l’idéal universitaire par les autorités, alors se développe – à la fin des deux guerres – une autre approche fondée sur des arguments de reconnexion et de solidarité à l’échelle institutionnelle avec les autres entités de production du pays. Les autorités britanniques se sont dés lors rendus compte de l’importance à revaloriser le pouvoir ou le rôle économique et social des universités malgré leur faible niveau de financement ou leur absence de moyens logistiques et financiers. En conséquence, les étudiants ont commencé à essaimer dans les hôpitaux du pays, soit pour soigner les blessés ou les endeuillés, soit pour apporter leur aide aux populations durement touchées. Cette situation temporaire entrainera coup sur coup des conséquences désastreuses dans la dynamique de la politique structurelle formalisée par ces mêmes institutions. Peu à peu, des universités[ la grande majorité] se vident du nombre important de garçons[ étudiants]partis honorer leurs engagements patriotiques sur le terrain, les exposant à la fois à un déficit de recrutement et de moyens financiers pour aborder la reprise. La guerre fut de toute évidence un moment critique et crucial pour certaines universités trés célèbres, et qui avaient des déficits logistiqes très serieux pendant cette période. C’est la guerre qui a poussé notamment les autorités britanniques à entamer des procédures de financement destinées aux institutions universitaires, ainsi que des procédures de respect pour la propriété privée intellectuelle dans le cadre de la recherche. Les universités jouaient activement leur rôle actif face à la montée de plusieurs incertitudes liées à la guerre. Autrement dit, la guerre a suscité une série d’actions pratiques et imaginatives au sein des universités européennes, allant de l’action sociale à la prévention de certaines pandémies de grande ampleur, souvent en rompant les barrières invisibles. D’autres départements furent aussitôt créés pour soutenir l’effort de guerre pendant ce temps, tels que l’ingéniérie, les sciences sociales, en particulier dans les professions de soin, et les langues modernes. On assiste alors à une grande stimulation scientifique et coopérative faite de recherche dans les différentes domaines de la guerre. Néanmoins, cette situation inédite peut-elle s’appliquer à une crise de grande envergure comme la pandémie du Covid- 19? Nous le pensons. En vérité, les recherches en médecine et dans le domaine de la science à l’époque de la première guerre étaient prépondérantes à la survie des communautés engagées dans la guerre de manière imprévue. L’impréparation face aux crises d’une telle ampleur signifait qu’on doit prêter une attention particulière aux domaines de la recherche scientifique et de la technologie. Non sans oublier la valeur particuliere accordée à la mobilisation citoyenne et civique, dont les étudiants sont les principaux initiateurs à bien des égards. Si l’Angleterre a réussi à donner autant de financement aux universités à l’époque de la guerre, c’est parce que les autorités ont reconnu l’impact social et économique de ces dernières dans la construction du lien social. Dans la pratique, le gouvernement, face aux exigences de la crise nationale, a commencé à reconnaître que les universités ont un rôle crucial à jouer dans l’économie et la société, mais aussi que, si ce rôle doit être rempli avec succès, il n’est pas possible de compter sur des sources de financement privées. Cela dit, le personnel universitaire a assumé, comme du temps de la guerre, des rôles clés dans l’effort de guerre ; les étudiants se sont portés volontaires en grand nombre pour travailler dans les hôpitaux ou en communauté, pour la restauration alimentaire des individus et la solidarité sociale. Selon beaucoup de chercheurs, le COVID-19 a déclenché une soif de preuves vérifiables, de rigueur dans l’évaluation et de pensée critique indépendante de haut niveau- en somme, ce que propose géneralement un vaste programme universitaire. Et que les universités occupent une place de leadership exceptionnelle, plus que les Etats et les entreprises qui ont du mal à apporter une réponse mondiale à la crise actuelle. Le sujet exige naturellement des réflexions holistiques…

 

El Hadji Thiam est chroniqueur d’opinion et ancien rédacteur en chef de la plateforme d’apprentissage en ligne Campus Actu.

LAISSER UN COMMENTAIRE

Please enter your comment!
Please enter your name here