Le 24 avril 2018, une embarcation chavirait à Bettenty faisant 21 victimes, toutes des femmes. Un drame qui avait plongé le Sénégal dans l’émoi total. Un an après, le diagnostic est sans complaisance. La responsabilité humaine y est pour beaucoup, entre surcharge, non-respect des normes de sécurité… Mais la prise de conscience est réelle et est en marche.

Parties en mer, ces braves dames n’avaient que la pêche comme activité génératrice de revenus. Mais les premiers constats post-drames en disent long sur le non-respect des normes de sécurité. Aucune d’entre elles ne portait de gilets de sauvetage. Présent sur les lieux quelques jours après le drame, le Chef de l’Etat Macky Sall n’avait pas manqué de rappeler les règles.

«Nous devons revoir nos comportements, que ce soit au niveau des transports maritimes ou routiers », avait-il lancé.

Abondant dans son sens, son ministre de la Pêche d’alors, M. Oumar Guèye réitérait, quelques jours plus tard, le même appel : «Nous demandons encore une fois le respect du port de gilet et au respect des capacités des pirogues pour transporter les populations. Au-delà de ce drame, nous sommes une fois de plus interpellés sur les comportements que nous avons dans le transport fluvio-maritime. Hélas, il faut le constater et le regretter, chaque fois qu’il y a un drame, nous constatons qu’il y a d’une part surcharge et d’autre part, une absence de gilets de sauvetage. Après le drame, nous avions beaucoup insisté sur la nécessité du respect des normes et de la réglementation, invité à ne pas mettre plus de personnes que nécessaire dans les embarcations », avait-il lancé.

Négligence indexée

Une embarcation qui doit prendre douze personnes, « ne doit pas en prendre 13″. Ce cri du cœur d’Oumar Guèye ancien ministre de la Pêche en dit long sur le manque de respect des normes de sécurité. En effet, parlant du drame de Bettenty, il a constaté que «l’embarcation a multiplié par deux sa capacité, en plus d’une navigation nocturne et ne disposant d’aucun gilet à bord. Ces phénomènes combinés présentent un cocktail très explosif en cas de drame ». Selon M. Guèye, il ne faut pas chercher loin, «c’est la responsabilité du propriétaire de la pirogue, il est aussi de sa responsabilité d’éviter une surcharge. « Quelles que soient les mesures que l’Etat va prendre, si les populations, les propriétaires de moyens de transport fluvio-maritime ne respectent pas ces normes sécuritaires et la réglementation, il sera très difficile de parer à de pareils drames ».

Prise de conscience à Bettenty

Cinq mois après le drame, des reporters du Soleil se sont rendus sur les lieux. Même si le drame reste encore dans les cœurs, il aura eu le mérite de provoquer un certain nombre de changements. Désormais, chaque passager doit obligatoirement prendre son gilet avant la traversée. Qu’il s’agisse des clients ou des conducteurs de la pirogue, tous s’y mettent. « C’est devenu automatique maintenant », confie un jeune conducteur de pirogue qui fait quotidiennement la traversée entre Bettenty et Missirah.

Depuis que le drame est survenu, les populations accordent une grande attention au port de gilet, ce qui n’était pas le cas auparavant. Les circonstances de l’accident et l’appel des autorités en faveur du port du gilet en sont pour beaucoup.

« Non seulement le ministre de la Pêche nous a incités à faire du port du gilet une obligation, mais il nous a offert un bon lot », rappelle Nasirah Demba, une femme croisée par Le Soleil à la plage de retour d’une journée de cueillette. Si le port du gilet incombe à toute personne qui va en mer, les populations ont aussi réduit drastiquement les activités festives. Une manière pour elles d’observer le deuil. « Aucun évènement à caractère festif n’est plus autorisé ici. C’est même banni jusqu’à nouvel ordre », confiait Bakary Mané, gérant de la radio communautaire de Bettenty. Il s’est vu sévèrement tancé par quelques personnes quand, un jour, dans l’une de ses émissions, il a mis une musique qui semblait rompre le deuil en vigueur dans l’île.

Ce premier anniversaire de commémoration du drame risque de replonger Bettenty dans le deuil avec le souvenir des 21 vies perdues un 24 avril 2019.

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