La Radio Télévision Sénégalaise (RTS) qui doit servir de caisse de résonance à notre diplomatie et notre culture dans la sous région peine à remplir son rôle de relais. Cet outil de communication et d’informations qui se veut internationaliste surtout auprès de la diaspora sénégalaise éprouve des difficultés à cerner les grandes questions et les enjeux qui interpellent notre sous région. De ce fait, une redéfinition de ces missions devient plus qu’urgent à l’heure des grands enjeux qui secouent notre sous-région.

Derrière son sourire légendaire et ses lunettes sombres, Youssou Ndour sait sortir d’un discours consensuel pour trancher dans le vif. Cette fois, c’est la Radio Télévision Sénégalaise (RTS) qui en fait les frais. « Vous n’êtes rien, vous êtes dépassé » aurait lancé le président du GFM à l’agent marketing de la RTS en plein conflit de droits télé entre la RTS et la TFM pour la coupe du monde2018 en Russie. Si la chaine nationale sénégalaise sera finalement présente sur les bords de la Volga, elle affiche l’écran noire sur toute l’actualité régionale. Il est navrant de constater qu’il n’y a pas de correspondant de la RTS en Gambie, ni en Mauritanie encore moins en Guinée, bref dans tous les pays frontaliers. Un retard ou un manque de vision dans la production éditoriale qui se limite à l’actualité nationale alors que les grands enjeux dans notre sous région sont relégués au second plan. Dans la même optique, la RTS peine à accompagner la diplomatie sénégalaise de manière pérenne et structurelle. Dans un monde où la communication est devenue capitale dans les relations inter-étatiques l’information est devenue une arme d’influence et de « soft power » pour tous les pays du monde.

Free flow information

La libre circulation de l’information est devenue un enjeu des relations internationales, et le Sénégal ne doit pas rester en marge. Si les ֤Etats-Unis ont réussi leur expansion politique et économique, après la deuxième guerre mondiale, c’est parce qu’ils ont fait du principe de « free flow information » la clef de voute de leur diplomatie en matière de communication internationale. Les Etats-Unis ont accompagné l’internationalisation de leurs grandes multinationales avec la maitrise de l’information. Personne n’ignore le rôle de la RFI, France 24, VOA, Press Tv, Sputnik et de jeune Afrique. Comment ils ont balisé le terrain face à certaines situations ? Soit en diabolisant des patriotes ou en faisant éloge de certains dictateurs. Le World Service britannique a créé en 2009 une télévision arabe et en 2009 une chaîne en farsi pour étendre son influence en Asie. Dans ce domaine, la RTS accuse un grand retard sur les grands networks au service de la diplomatie de leur pays respectif (Al Jazeera pour le Qatar, CNN pour les Usa, BBC pour le Grande Bretagne et France 24 pour la France).

Par ailleurs, un journaliste de la RTS qui servait à Ziguinchor est revenu à Dakar, en raison du manque de travail dans le Sud. La cause ? Un mauvais dispatching des agents éparpillés un peu partout dans le pays, alors que le besoin se fait sentir dans les pays frontaliers et même ailleurs jusqu’au Maroc, on devrait avoir de correspondant vu la proximité entre les deux pays. C’est le quatrième partenaire économique du Sénégal. Face à la montée des enjeux dans la sous région (terrorisme, trafic de drogue et d’être humains, flux migratoires, rebellions…… ) la RTS qui se réclame d’une vocation internationaliste peine à cerner ces grandes questions d’actualité dans le but d’éveiller les opinions publiques dans notre sous région. Djib Diedhiou, ancien rédacteur en chef du Soleil et formateur au Cesti a révélé que lors de la période de l’apartheid en Afrique du Sud, les dépêches qu’ils recevaient de l’AFP étaient réécrites avec des changements radicaux sur le fond et la forme. Devrions-nous continuer à calquer et à croire tout ce que les grandes chaînes d’informations et les agences de presse nous relatent tout en sachant que cette information est souvent dictée par la défense des intérêts des grandes multinationales occidentales. Il est temps de couvrir sous un prisme nouveau et au regard de nos propres intérêts. D’autant plus, la Télévision ne peut contribuer à faciliter un vrai rapprochement entre les peuples.

Ainsi la Chaine Arte crée en 1992 a pour objectif de mieux faire connaitre les cultures françaises et allemandes des deux cotés du Rhin et aussi encourager l’intégration européenne. Un temps d’antenne d’une heure par semaine avec des émissions interactives et des reportages pourrait à la fois accompagner notre diplomatie publique et notre tourisme. En Gambie et en Mauritanie, une bonne partie de la population suit les télévisions sénégalaises et parle le Wolof ou le peul, deux facteurs que nous devons exploiter. La maximisation de l’audience ciblée pourrait aussi participer à la formation des opinions publiques et à corriger certains stéréotypes entretenus par nos voisins.

Les télévisions nationales publiques doivent cesser d’être des moyens de propagandes des régimes, elles sont appelés à produire des contenus éditoriaux en cohérence avec les intérêts nationaux. Ainsi, elles doivent élargir leurs champs en dehors de leurs frontières.

Amadou Camara Gueye Journaliste analyste veilleur chez Anticip

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