Joueur d’un club sous-médiatisé et d’une sélection en manque de grands résultats, Robert Lewandowski n’a pas la réputation à la hauteur de ses talents de buteur. Le capitaine polonais a l’occasion de réparer cette anomalie pendant la Coupe du Monde.

D’autres ont rendu banales de telles statistiques, mais elles ne le sont pas. Robert Lewandowski a enchaîné avec le Bayern Munich un troisième exercice à plus de 40 buts toutes compétitions confondues, et en est à 126 réalisations en 146 apparitions avec son club depuis 2015-16. Il ne se contente pas de les empiler en Bavière. Il brille aussi hors des frontières allemandes, avec 44 buts en Ligue des Champions sur les six dernières saisons (7,4 de moyenne) et un titre de meilleur buteur des éliminatoires de la zone Europe, fort d’un ratio incroyable de 1,6 réalisation par rencontre. Les chiffres ne se contestent pas, Lewandowski (29 ans) fait partie des plus grands attaquants de pointe de sa génération, des buteurs les plus racés de son ère. Et pourtant, il entre rarement dans la conversation au moment de citer les plus grands joueurs de son époque.

Pas de grand titre en club pour Lewandowski

Ce n’est pas seulement de son fait. Il est « victime » de la sous-médiatisation du Bayern Munich, club qui travaille dans l’ombre, et de la starification via les réseaux sociaux. Au contraire de ses contemporains, Lewandowski n’entre pas dans ce jeu et traîne derrière lui un déficit d’image, parce qu’il ne donne pas dans le « flashy », plutôt dans l’efficacité. Il paye aussi un palmarès quasi vierge de grands titres. Il a bien six titres en Bundesliga à son actif, mais il a perdu sa seule finale de Ligue des Champions, en 2013 contre… le Bayern avec le Borussia Dortmund (2-1), et a longtemps dû composer avec une Pologne peu compétitive. Mais cette dernière a retrouvé une partie de son lustre d’antan (troisième des Coupes du Monde 1974 et 1982) dans le sillage de sa star. Elle en est à trois participations consécutives à une phase finale, dont deux en passant par les éliminatoires. Une progression à valider en Russie.

Un seul but à l’Euro 2016

Il le faudrait pour propulser Lewandowski dans une catégorie, celle des stars, que son rendement l’autorise à rejoindre. Il ne lui manque qu’un grand parcours avec la Pologne pour passer dans une nouvelle dimension, si possible avec des statistiques individuelles au diapason. La sélection, dont il est capitaine, avait bien atteint les quarts de finale de l’Euro 2016 avant de se faire sortir aux tirs au but par le Portugal (1-1, 3-5 TAB), futur vainqueur du tournoi. Le hic, c’est que l’ancien du Lech Poznan avait attendu ce fameux match pour claquer son premier but de la compétition. Une occasion ratée d’attirer enfin la lumière. « Ce que nous avons vécu en France nous a été très utile car nous avons pu nous familiariser avec l’ambiance d’une grande compétition internationale, expliquait Lewandowski, dans un entretien publié sur le site officiel de la FIFA en fin de semaine dernière. Nous connaissons l’envers du décor. Nous savons à quoi nous attendre. Ça devrait nous servir. » Lewandowski utilise le pluriel, mais il aurait pu se servir du singulier.

Lewandowski : « Si quelqu’un d’autre marque, je serais tout aussi heureux »

Auteur de quatre buts sur ses trois dernières sorties avec la Pologne (55 en 95 sélections), il n’avait pas supporté le poids de la pression il y a deux ans. Il avait aussi dû se farcir une surveillance rapprochée à laquelle il doit encore s’attendre pendant le Mondial. « Nous savons que je vais être suivi de près par les défenseurs. Nous nous préparons en conséquence. À ce stade, je ne sais pas encore si j’aurais beaucoup d’occasions. Mais si je monopolise deux gardes du corps, si j’attire les fautes, ça libérera forcément des espaces pour mes coéquipiers. Il faudra qu’ils puissent en profiter. Si quelqu’un d’autre marque, je serais tout aussi heureux. Il n’est pas nécessaire que je sois systématiquement à la conclusion. » « Lewandowski est un joueur très important, il est le capitaine, la star, mais nous adoptons toujours une approche qui fait que c’est l’équipe qui compte », a appuyé le sélectionneur Adam Nawalka lundi en conférence de presse. Mais sans un grand Lewandowski, pas de grande épopée pour la Pologne. Et pas de nouveau statut pour « Lewa ».

LAISSER UN COMMENTAIRE

Please enter your comment!
Please enter your name here