Le procureur de la République, Serigne Bassirou Guèye, a fait face à de sérieuses difficultés, hier, pour déconstruire les accusations portées par la défense.

Incapable de fournir des arguments solides contre la célérité du dossier Khalifa Sall dont il est question, le procureur plaide l’implication au moins de 3 magistrats dont un d’entre eux serait dans la salle. Ce qui finit par transformer le tribunal en salle de spectacle.

Le procureur de la République a fait une révélation de taille, hier, dans sa dernière réplique. Face à des accusations de violation des droits du maire de Dakar, Serigne Bassirou Guèye mouille des magistrats dans ce que les avocats de la défense qualifient de dossier scélérat. «Au moins trois magistrats de la chambre d’accusation ont pris connaissance de ce dossier. Ils ont dit et fait la même chose que moi. Même ceux de la Cour suprême. Ils sont nombreux à travailler dans ce dossier et l’un est aujourd’hui dans la salle. Je l’ai dit et le redis devant le tribunal, ce dossier n’est pas politique. Il faut être sérieux», laisse entendre le procureur qui voulait se dédouaner. En le faisant, il implique un des trois juges en charge du dossier qui siège dans la salle. Cette réplique a occasionné rires et quolibets à l’égard du procureur. Selon ce dernier, après avoir lu le dossier et apprécié les accusations, il l’a renvoyé au doyen des juges pour lui demander l’arrestation de Khalifa Sall et de ses co-prévenus. «Sans convoquer personne, j’ai transmis au doyen des juges le dossier. Au moins trois magistrats se sont prononcés sur cette affaire. Une dizaine d’avocats de l’Etat et une vingtaine d’avocats de la défense ont pris part à ce procès. Comment pouvez-vous dire que ce procès est fait dans la précipitation», s’interroge-t-il. Avant d’ajouter : «Je n’ai jamais dit que le maire est un bandit. J’ai dit qu’au niveau de la caisse d’avance, il manque 1,8 milliard Cfa et qu’il doit payer. Il doit être condamné. Je le crois et je le dis. Je ne déteste personne. Que ses co-prévenus et lui paient les pots cassés. Je suis quitte avec ma conscience», a précisé le procureur, visiblement amer.

Choqué par les propos du ministère public, Me Ousseynou Fall, avocat de la défense, saisit la balle au rebond et avance qu’un magistrat qui a eu connaissance du dossier n’a pas le droit de siéger comme arbitre au tribunal. Ce qui le pousse à inviter ce dernier à revenir sur certaines allégations de ses plaidoiries. «Monsieur le juge, que le procureur prenne acte de ses paroles. Il nous parle de quel magistrat dans la salle ? Il accuse. Si tel est le cas, toute la procédure est nulle. Mes clients sont insultés par ce dernier», a déclaré la «robe noire» devant le tribunal.

Ayant accédé à la requête de l’avocat, le procureur nie et dégage en touche. «Ne me faites pas dire ce que je n’ai pas dit. J’ai été clair. J’ai même les enregistrements de mes plaidoiries dans mon téléphone», réplique-t-il, debout, son cellulaire à la main. Une réponse qui soulève la réaction de Me Ousseynou Gaye qui exige que les enregistrements soient supprimés. «Monsieur le juge, ordonnez à Monsieur le procurer de supprimer ses enregistrements. L’enregistrement des plaidoiries est un délit qui doit être puni. Le public est interdit d’allumer son téléphone. Malheureusement, notre code de procédure pénale est en retard», rétorque l’avocat. Reste à savoir si le juge Lamotte et ses assesseurs vont ou pas accéder à cette requête lors de leur délibéré fixé au 30 mars.

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